Géographie de l'Aurès


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Situation
Description
Limites
Massifs montagneux
Ressources

 

 


Par : Ammar NEGADI

Présentation

Prenons un dictionnaire parmi tant d'autres, il s'agit du " Robert ". Quelle définition donne-t-il du mot " Aurès " ?

"Massif montagneux de l'Algérie, situé à l'est de l'Atlas saharien dans le département de Batna entre les monts de Tébessa à l'est, les monts du Hodna au nord-ouest, les monts du Zab ou Zibans au sud-ouest. Il culmine au djebel Chelia à 2 328 m. L'Aurès est peuplé de Berbères, de Zénètes et de Chaouia. Villes principales : Arris, Batna, Khenchela, Tazoult, Biskra, El Kantara, Timgad, Kaîs".

Avec une notice pareille on apprend pas grand chose. Pire, pour un lecteur non averti, il croira que l'Aurès est habité par trois populations différentes : les Berbères, les Zénètes et les Chaouia. Alors que ces trois appellations désignent et recouvrent la même population. C'est-à-dire que les Chaouis actuels font partie de la grande confédération des Zénètes qui, eux-mêmes, font partie de la grande nation amazigh. Car les Zénètes on en trouve de la Tunisie au Maroc, et les Imazighen de l'Egypte aux Iles Canaries...

 

 

 

 


Situation

Prenons une carte d'Algérie. Nous voyons deux lignes brunes, sombres, représentant des reliefs montagneux. Ces deux lignes parallèles courent d'Ouest en Est pour se rejoindre en Tunisie, où elles forment l'équivalent d'une pointe de flèche qui vise Carthage.

· La ligne du Nord, appelée Atlas Tellien, est une chaîne de montagnes qui longe plus ou moins le littoral.
· La ligne du Sud, appelée Atlas Saharien, longe le Sahara à qui elle semble servir de barrière.

Ces deux lignes constituent presque une sorte de longue muraille, l'une contre la mer et l'autre contre le désert. Et entre ces deux " murs " se développent de riches et vastes plaines ou plateaux, tels : la vallée du Chélif, la plaine de Sétif, la Mitidja, la vallée du Hodna, etc.

Au Sud-Est de l'Atlas Saharien, nous voyons subitement une grande masse sombre, ramassée, compacte et en même temps plissée, ridée, torturée, traversée par de profond cañons: c'est la massif awrasien.

Il est à noter que l'Atlas tellien et l'Atlas saharien, bien distincts dans l'Algérie occidentale, tendent à se rapprocher et se confondre dans l'Algérie orientale. Si à l'ouest, la steppe tend à " monter " très loin vers le nord; à l'est, grâce au massif awrasien, le Tell va jusqu'à Biskra.

 

 


Description

Le Massif de l'Aurès, comme nous venons de le dire, est constitué par une série de puissantes rides parallèles, orientées nord-est / sud-ouest. Ces plis serrés, telles les fronces d'une étoffe, dessinent de longues arêtes rectilignes, faites de crêtes étroites et séparées par de profondes vallées.

Adossé au nord, à de hauts plateaux qui souvent dépassent les 1 000 m d'altitude, le massif awrasien plonge littéralement en cascades et en escarpements accidentés et abrupts, vers le sud-est et sud-ouest, c'est-à-dire vers la dépression saharienne qui n'atteint pas les 150 m d'altitude.

Cette frange méridionale de l'Aurès est la zone d'épandage naturelle des eaux qui déboulent de ses montagnes. A tel point que l'on pourrait dire que Biskra est un don de l'Aurès. Comme Hérodote le disait à propos de l'Egypte qui serait un don du Nil.

Entre ces deux bords nord et sud, dont l'un appartient à la zone tempérée, froide et humide, tandis que l'autre touche déjà à la zone torride. On compte, à vol d'oiseau environ 120 km. Et sur cet espace si court, s'étagent, se développent et se succèdent le long des vallées, étroites et encaissées, ou sur des sommets vertigineux, la végétation la plus contrastée qui soit: des conifères (cèdres, pins d'Alep, chênes verts, etc.), aux maquis de genévriers et aux palmeraies à couper le souffle au détour d'un ravin.

Des pâturages quasi alpestres du Chelia, de Sgag, de Touggert aux vergers où dominent le noyer, l'abricotier, le pêcher, le pommier, le figuier, l'olivier, etc. A ce propos on dit que le Liban est " le pays des cèdres ", alors que les Aurès disposent des plus beaux et de plus nombreux cèdres dans le monde.

De même que les différences climatiques (température, pluie, altitude) permettent deux récoltes par an.

 

 

 


Limites

Dès la plus haute antiquité on ne sut fixer de limites aux Aurès. Mentionnés déjà par les auteurs Grecs, puis Romains, l'Aurès était appelé par ces derniers Auréus clupeus : le Bouclier Aurès, puis, plus tard, sous le nom de Mons Aurasius tout simplement. On prétendit que les gorges d'El Kantara, sont l'oeuvre d'un coup de pied d'Hercule qui permit la communication nord-sud dans l'Aurès...

Il est à noter que le mot Aurès est le seul nom de montagne qui ait existé depuis l'antiquité et qui ait conservé son nom jusqu'à nos jours.

Procope, historien byzantin du VIè siècle de notre ère, qui suivit le général Solomon dans son expédition contre Iabdas, roi de l'Aurès oriental, donne à l'Aurès un périmètre de trois jours de marche, soit l'équivalent de 180 km de long et une superficie de 1800/2000 km². En fait Procope parle de la région qui s'étend de Baghaï en passant par Khenchela, Babar, Taberdga, Djemina et retour par la vallée de l'Oued el-Abiod.

Des géographes modernes, voulaient délimiter l'Aurès au seul massif montagneux strictu sensu. Aussi pour eux l'Aurès serait limité au nord par une ligne passant au nord de Batna pour rejoindre Khenchela à l'Est, et au Sud par une ligne allant de Biskra à Khangat Sidi Nadji. Soit un quadrilatère d'un peu plus de 100 km de côté, l'équivalent à 10 000 km².

Alors que la réalité est tout autre. La preuve en est la délimitation des wilayas à la veille de la guerre de libération nationale. Les wilayas furent ardemment débattues, disputées, puis finalement délimitées en tenant compte des réelles affinités historiques, économiques, tribales, locales, linguistiques, liens de solidarité et de subordination, etc. C'est ainsi que la wilaya I, c'est-à-dire la wilaya Chaouie, allait du Hodna à la frontière tunisienne et d'Aïn M'lila à Doucen. Soit une surface qui dépasse 45 / 50 000 km², l'équivalent de la Suisse.

Ainsi, entre la plus petite délimitation de Procope au VIè siècle de notre ère, en passant par celle définie par l'administration coloniale, toujours dans le but de diviser pour mieux régner, la surface de l'Aurès, longtemps délimitée au seul massif montagneux, a englobée peu à peu les réalités géographiques, historiques, économiques, sociologiques, etc., qui étaient, et sont en fait, les siennes; c'est-à-dire celles établies par les nationalistes qui n'ont fait que se soumettre à l'évidente réalité et à la longue histoire du peuple chaoui.

Compte-tenu de ce qui a été dit plus haut, les limites actuelles de l'Aurès (ou du pays chaoui) sont les suivantes :

 

 


Principaux massifs montagneux awrasien

Hodna, contrairement aux Babors qui sont d'âge pyrénéens, le Hodna est d'âge alpin. C'est une chaîne traversée de dépressions : Oued Ksob et oued Soubela qui la coupent en trois tronçons :

Belezma, à l'est de Bou Thaleb, la chaîne du Hodna se poursuit par le massif du Belezma, de structure analogue et dont les points culminants sont :

Le massif du Belezma n'est séparé du massif awrasien proprement dit que par la dépression de Batna. Relativement humides, boisées et bien arrosées les plaines du Belezma sont une région de céréales, de cultures et d'élevage.

Tel que nous venons de le décrire, vouloir réduire les Aurès seulement à telle ou telle région, à tel ou tel massif montagneux, nous semble illusoire et aussi faux que dangereux. En effet, les Chaouis, qu'ils soient des Hautes Plaines ou des montagnes, qu'ils soient au Nord ou au Sud, qu'ils soient campagnards ou citadins, arabophones ou amazighophones, ne peuvent pas ne pas se reconnaître et se " sentir " proches : cela tient parfois à l'aspect physique, à l'intonation de la voix, aux regards, aux gestes, aux comportements... Bref, ce qui lie et unit les Chaouis est parfois si fort et en même temps si imperceptible qu'il passe inaperçu pour un œil non averti.

Enfin l'Aurès a toujours été le dernier refuge de l'indépendance amazigh comme il fut toujours le premier à subir le choc des envahisseurs qui, de Carthage, partaient à la conquête de l'Ouest. L'Aurès s'est trouvé, parfois bien malgré lui, à se dresser comme le dernier bastion de l'insoumission, face aux conquérants étrangers. De même qu'il a constitué à la fois un repli et un abri sûr en cas de menace ou de défaite, mais également de " déversoirs " de son trop plein démographique (ou en cas de calamités naturelles) pour envahir les régions environnantes et jusqu'à Carthage. Enfin ne l'oublions jamais, l'Aurès c'est aussi le pays martyr, celui où dès la plus haute antiquité à ce jour, nous trouvons le plus de morts au mètre pour défendre notre indépendance et notre peuple amazigh.

C'est ainsi que s'est formé le pays chaoui et que la population chaouie se reconnaisse dès lors à des signes multiples forgés depuis des millénaires.

 

 


Ressources

Tel que nous venons de le voir, les Aurès, bénéficiant de différences climatiques, c'est même grâce à cette succession de microclimats, qu'ils peuvent avoir deux récoltes par an. A l'arboriculture et à la céréaliculture auxquels s'ajoutent localement des cultures maraîchères au nord, un élevage extensif et transhumant au sud se pratiquaient depuis des siècles. Cette transhumance, et non pas semi-nomadisme comme certains l'avaient dit, se traduisait et se pratique encore de nos jours encore, par des déplacement d'hommes et de bêtes : l'hiver au sud, l'été au nord.

Ainsi grâce à cette diversité de lieux et de cultures, par le genre et le mode de vie (paysans sédentaires au nord, planteurs et transhumants au sud) le Chaoui pouvait faire la soudure y compris durant les années difficiles.

Le sous-sol, dès la plus haute antiquité, fut exploité pour ses minéraux. Aujourd'hui certains gisements sont exploités, d'autres en voie de l'être et certains sur le point d'être découverts . Parmi les ressources minérales, nous pouvons citer tout d'abord la pierre à bâtir et le ciment, mais également le mercure, le fer, le zinc, le cuivre, l'argent, le plomb, l'antimoine, les phosphates, et bientôt le pétrole et le gaz. Toutes ressources situées à 200 pour les plus proches et à 320 km de la mer pour les plus lointaines.

Néanmoins la principale ressource du pays reste l'eau. Le massif awrasien fut et demeure le château d'eau de la région. Des travaux hydrauliques anciens, nombreux, ingénieux, tels que terrasses, murets, conduites, retenues, barrages, etc., furent entrepris depuis des siècles. Ce n'est qu'à partir du moyen-âge, avec l'extension de la transhumance liée notamment à l'arrivée des Hilaliens, que cette activité laborieuse et intelligemment entretenue fut abandonnée. Cependant les traces de cette activité subsiste jusqu'à présent en certaines localités par les droits, les codes, les pratiques et les usages bien définis liés à l'utilisation de l'eau.

 

Pourtant et malgré toute l'ingéniosité des hommes, toute activité humaine, sociale ou économique, nécessite des échanges et elle ne serait rien sans moyens de communications qui permettent l'échange et la circulation des biens et des personnes.

De ce point de vue là, les Aurès demeurent relativement dépourvus des grands moyens de communication : pas de grands axes routiers ou autoroutiers, pas de voies de chemins de fer importantes, pas d'aéroports en dehors de celui de Biskra.

Aussi de ce point de vue les Aurès demeurent enclavés, encerclés, sans réels débouchés. S'agirait-il d'une volonté délibérée de maintenir cette région encore plus démunie, plus sous-développée que le reste du pays?

Nous espérons que non. Et si c'était le cas, à nous d'imposer notre volonté.

 

L'Aurès est avant tout un pays de paradoxes et de contrastes : contraste dans le relief, dans le climat, dans l'habitat, dans les caractères de ses habitants. Un élément cependant y est constant : le vent.

En toute saison, nul ne peut traverser la région sans en faire l'expérience. Ce vent qui vous assèche et vous assoiffe l'été, qui vous saisi et vous glace l'hiver, mais contre lequel vous devez lutter constamment en toute saison.

Quant à l'homme, calme et distant, austère et rigide, peu démonstratif et discret, est tout d'une pièce, de passion et de coup de tête. Buté jusqu'à l'extrême, le Chaoui est volontiers ironique, moqueur, railleur d'abord sur lui-même et sur les autres ensuite. Souvent animé d'une méchante malice et de défi. Par goût, par tempérament, il est foncièrement rebelle presque de naissance. Ce caractère ardent, belliqueux, provocateur est doublé d'une âme généreuse, hospitalière et noble jusqu'au sacrifice suprême.

L'habitat, entre les maisons se confondant avec les ravins, les falaises et le paysage, juchées sur des sommets ou des pentes inaccessibles ou très accidentées, aux toits en terrasses, adossés aux roches et soudées les unes aux autres en grappes escaladant la montagne. Jusqu'aux demeures des plaines aux toits pentus de tuiles rondes ou plates et rouges avec patios et cours intérieurs. En passant par les grandes tentes des transhumants faites de laines brunes, un mélange de poils de chèvres, de dromadaires et de moutons où les bandes noirs, brunes et blanches alternent.

Dans l'ensemble l'habitat est modeste, rustique, fragile, adapté au climat et au paysage mais dépourvu de toutes les commodités y compris les plus rudimentaires. En plaine, les demeures plus conséquentes, sont éparses bien que rassemblées pour former l'équivalent d'un bourg; en montagne, au contraire elles sont soudées les unes aux autres, sillonnées de ruelles étroites et souvent couvertes par le débordement des terrasses.